Dr Working Maman et Mrs Maman à la Maison

Pourquoi cet article ?

Des mamans qui restent à la maison, en 2019, ce n’est pas le modèle qu’on rencontre le plus souvent. Il y a les familles qui n’en ont tout simplement pas les moyens. Il y a les femmes qui ont commencé une belle carrière et ne se verraient la « gâcher » pour rien au monde, à qui cet équilibre est nécessaire. Et puis ce n’est pas vraiment dans l’air du temps, ça fait un peu rétro, un peu « années 60 ». Quand on me demande ce que « fais », je vois que  ma réponse suscite une certaine approbation chez les personnes, je dirais, de l’âge de mes grands-parents. Un retour aux sources. Un trait tiré entre notre vie et celle qui a été la leur. Chez les personnes de mon âge, voire de la génération de mes parents, je remarque souvent comme un temps d’arrêt. Une sorte d’hésitation. Un sentiment mêlé de surprise et de… je ne sais pas quoi, mais pas de l’admiration en tous cas 😉 .

Il y a quelques semaines mois (oups, le temps a filé), quand je réfléchissais aux sujets « de vie » que j’aimerais bien partager avec vous, celui-ci  m’a tout de suite paru très important. Parce qu’il est probable que ma situation ne soit pas isolée. Peut-être que d’autres mamans se posent des questions ou aimeraient juste savoir « ce que ça fait », ce changement radical de situation.

L’idée de cet article n’est pas de vous convaincre que notre choix – oui, je dis « notre », parce qu’il s’agit bel et bien d’un choix de famille, de couple – est le bon. Il est le bon pour  nous, en ce moment. Pour combien de temps, je n’en sais rien. Pour toujours ? Je ne pense pas (sinon ma santé mentale va être fortement compromise 😛 ). Cela reste quelque chose de très personnel et chacun doit pouvoir faire ses choix selon ses convictions et ses possibilités. Je partage donc avec vous ci-après mon histoire, avec mon ressenti et mon avis sur la question.

D’où je viens et comment j’en suis arrivée « là »

J’ai toujours aimé l’école. J’ai été une élève studieuse, j’avais des bonnes notes, souvent les meilleures notes. Et quand j’ai décidé d’aller faire l’uni ailleurs que dans ma ville d’origine, c’était une preuve de plus que forcément j’étais carriériste (bah oui attendez, partir à une heure de chez moi au lieu de rester sur place, faut être fou hein 😉 ). Et le coup de grâce : aller faire mon master encore ailleurs, forcément que je voulais finir CEO du monde (poke à ceux qui reconnaîtront l’expression ah ah), surtout après avoir signé 2 ans en avance pour faire mon stage d’avocat dans une grande étude genevoise. Est-ce que je me sentais à l’aise dans ce rôle ? Pas vraiment. Mais pas super mal non plus. Alors je me laissais porter pour voir où cela m’amènerait.

Ah et puis il s’est passé ce qui se passe dans tout bon film. L’amour. Bah oui. Pis l’amour mince alors, il était neuchâtelois ! Quel retournement de situation. Oups. Bye bye le stage à Genève 😉 Je trouve un poste dans une big 4 pour faire de la fiscalité et dans ma ville d’origine s’il vous plaît ! Tip top, je ne suis plus forcément perçue comme méga carriériste, mais quand même.

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Source : http://www.marieclaire.fr

S’en suivent 8 années d’un travail très intéressant, intellectuellement plutôt intense, avec des horaires un peu intenses aussi. Rajoute des enfants par-dessus (j’ai descendu mon taux de travail à 60%… sur le papier, un peu plus en vrai…) et ça devient vite un peu compliqué. Beaucoup de stress, je pense au boulot tout le temps, je lis mes mails tout le temps, je ne décroche jamais et je suis souvent de mauvaise humeur… Par chance, mon mari travaille aussi sur place (et à 80%, donc il sait un peu gérer les nains), on habite à 5 minutes à pied de nos jobs respectifs et il arrive à bien s’arranger pour me laisser faire mes horaires. Les enfants malades à aller rechercher plus tôt à la crèche, souvent c’était lui. Amener les enfants à la crèche le matin le jour où c’était mon tour mais qu’il fallait que j’aille bosser super tôt, c’était lui aussi. Aller chercher les enfants le soir le jour où c’était mon tour… c’était des fois lui aussi. Enfin bon, vous avez compris le concept.

On avait tous les deux de bons jobs, des salaires comparables, des revenus confortables. A plusieurs reprises pendant ces années j’ai eu envie de tout plaquer. Continuer la fiscalité, mais ailleurs, dans un cadre moins stressant.

Et puis il y a eu les mois de trop. J’ai décidé de démissionner (j’avais une dédit de plusieurs mois, donc le temps de voir venir), pour me soulager, et de commencer à chercher un autre boulot dans un deuxième temps. Je savais qu’il me faudrait faire un compromis sur le salaire, mais pour pouvoir travailler dans de meilleures conditions, c’était un sacrifice que j’étais prête à faire. Il faudrait probablement s’éloigner un peu de Neuchâtel aussi. Là c’était clairement un point problématique. Parce que pour le coup, même avec des horaires plus normaux (auxquels il faudrait rajouter le temps de trajet…), mon mari qui était sur place continuerait forcément à être plus sollicité (pour aller chercher un enfant malade à la crèche par exemple).

Et puis deux choses ont fait basculer toute la réflexion : nous avons appris que notre fille, qui allait commencer sa première année d’école, n’aurait pas de place au parascolaire. Avec un rythme de 4 matins par semaine de 8h à 11h30 et pas de personne de la famille dans la position d’aider, ça corsait carrément la chose. Et puis le chef de mon mari a démissionné. Une belle opportunité pour lui d’essayer de postuler pour son job. A 100%. Entre l’absence de parascolaire, un jour de garde supplémentaire à trouver, un possible éloignement géographique pour moi en plus d’une baisse conséquente de salaire, je commençais à me demander si je ne pourrais pas faire le choix d’arrêter de travailler un temps. Et de me lancer dans une petite activité à moi (les biscuits). On en a beaucoup discuté – c’était un immense changement – , on a fait beaucoup de calculs aussi (d’ailleurs l’aspect financier revenait souvent dans les questions que vous m’avez posées via Instagram). Et puis il a eu le job et on a décidé que je resterais à la maison pour m’occuper des filles et qu’en parallèle j’essaierais de développer quelque chose avec mes biscuits. On n’a jamais pris en compte le fait que cette activité pourrait rapporter quelque chose, parce qu’on savait qu’avec le peu de temps à dispo, ça serait forcément petit. Mais c’était surtout pour continuer d’avoir quelque chose « à moi », pour satisfaire mon envie de développer quelque chose, et certainement psychologiquement, d’avoir le sentiment de ne pas être « que » maman au foyer. D’ailleurs je déteste ce mot. Récemment, j’ai lu « home executive ». C’est dingue comme les trucs sonnent toujours mieux en anglais. Bref. Je m’égare.

Notre projet était sur les rails, un énorme changement de vie. Ce n’est pas un choix que nous avons fait car il était plus avantageux financière. Mais plus pour des questions d’organisation et probablement parce que j’avais besoin d’une « coupure ». Parfois il faut oser faire ces choix. Peser les avantages et les inconvénients. Et puis suivre son cœur, peu importe ce que les gens en pensent ou le regard qu’ils pourront poser sur notre décision.

NB : je précise juste encore que cette décision a été prise avant que nous décidions d’avoir un troisième enfant. Nous n’avions pas du tout ce projet en tête, mais probablement que le fait de ne plus avoir été dans un cadre professionnel super stressant a permis à cette envie de se développer, ce qui n’aurait peut-être pas été le cas autrement. Mais ça, on ne le saura jamais 😉 .

Comment on s’est préparés et comment se sont passés les premiers mois

La préparation

Avant de prendre une quelconque décision, on a fait des calculs. Beaucoup de calculs. Par chance, mon mari travaille dans une banque et moi je m’occupais majoritairement de fiscalité des personnes physiques, donc ça a aidé 😉 . Cela nous clairement permis d’avoir une vision claire de tous les enjeux financiers et de faire des simulations pertinentes. Parce que techniquement, les grands changements à anticiper sont :

  • Combien de revenu en moins va-t-on avoir ?
  • Combien d’impôts allons-nous payer sur la base du nouveau revenu ?
  • Quelles seront nos charges fixes incompressibles (loyer, assurances-maladie, assurances diverses, redevance TV, intérêts et amortissements sur les éventuels prêts ou leasings, etc.) ?
  • Quelles seront les charges que nous aurons en moins (les frais de garde notamment, essence si on fait des longs trajets en voiture pour aller à son travail / abonnement de transport publics, etc.) ?
  • Et donc finalement, combien va-t-il nous rester à la fin du mois pour l’alimentaire, les loisirs, les vêtements, etc. ?

On a vu qu’on pourrait tout à fait tourner, mais en modifiant un peu notre train de vie. C’est à dire surtout le type de vacances et mes dépenses personnelles. Pas parce que c’est moi qui arrêtait de travailler, mais parce qu’à l’époque, je dépensais énormément d’argent en shopping. La « retail therapy », ça s’appelle. La thérapie par le shopping quoi. Quand tu passes ton stress en remplissant tes paniers en ligne. Et en passant les commandes 😛 .

Je reviendrai plus en détails sur la question financière un peu plus loin.

Ensuite il faut évidemment bien en discuter, être sûrs que cette décision est ok pour les deux parents, que personne n’a l’impression de faire un sacrifice (ça peut être dans un sens comme dans l’autre. Personnellement, je renonçais à ma « carrière » professionnelle – temporairement du moins – et d’un autre côté, mon mari lui renonçait à « son » jour seul avec les enfants en augmentant son taux de travail).

L’adaptation

Les premiers mois ont été difficiles pour moi, je ne vais pas mentir. Pas parce que le job me manquait. Je m’y suis fait beaucoup plus vite que je ne pensais. C’est pas comme si j’avais le temps de m’ennuyer. En plus, j’avais l’excitation de développer un petit business à moi, à mille lieues de ce que je faisais avant, mais que j’aimais beaucoup.

Ce qui a été le plus dur pour moi, c’était le rapport à l’argent et un peu aussi le rapport à l’image…

Avoir moins d’argent et surtout, tout partager. Avant nous avions encore chacun nos comptes. Nous contribuions équitablement à toutes les dépenses communes, mais ce qui restait, on le gérait chacun comme on voulait.

Donc j’ai eu beaucoup de mal à 1) arrêter d’avoir peur de ne jamais avoir assez (j’avais une peur panique de trop dépenser, de finir le mois dans le rouge) et à 2) réussir à dépenser de l’argent non vitalement nécessaire (pour acheter des habits, de la déco, etc.). Si vous me suivez sur Instagram, vous aurez compris que maintenant j’ai totalement dépassé ma peur hein 😉 . Mais ça n’a pas été facile. Les premiers mois, il a fallu s’adapter, compenser un peu avec des économies le temps de trouver nos marques. Mais ça a passé. Dans tout ce processus, j’ai eu beaucoup de chance que jamais, jamais, jamais, mon mari ne m’ait reproché de dépenser trop d’argent. Ou de mal dépenser de l’argent (pourtant sérieusement des fois il pourrait, oups). De l’argent que LUI gagne. Je pense que le fait qu’il ait été « papa au foyer » un jour par semaine pendant 4 ans lui permet de se rendre compte de ce que ça représente d’être à la maison avec des enfants en bas âge. Il considère totalement que l’argent qu’il gagne est en quelque sorte gagné par nous deux, puisque lui travaille à l’extérieur, mais que moi je m’occupe de tout le reste à la maison.

Et puis cette image de « mère au foyer », je ressentais ça comme quelque chose d’un peu réducteur. J’étais la seule de toutes mes amies dans cette situation. Les gens ont vite fait de penser que tu passes ta vie à boire des cafés avec des voisines. Et bien pas quand tu as des petits enfants en tous cas.

Une fois que moi j’ai réussi à accepter cette nouvelle situation, l’affaire était sur les rails.

Aujourd’hui, nous sommes « rôdés ». C’est notre mode de fonctionnement. J’ai arrêté de travailler fin mai 2016, ça me semble si loin et si proche en même temps. Mais je n’ai pas de regrets. Même si ce n’est pas facile.

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Vos questions plus en détails

Les finances, c’est LE point qui est revenu le plus souvent dans les questions posées sur Instagram. Il est pourtant hautement dépendant de la situation de chacun et aussi relativement privé. Donc je vais essayer de répondre au mieux en restant neutre si possible. Vous avez également été intéressé(e)s à savoir comment nous répartissons les tâches et si je me sentais épanouie 😉 .

Est-ce que ça « vaut la peine » financièrement d’arrêter de travailler ?

Je ne peux évidemment pas répondre à cette question de manière généralisée, car elle dépend de nombreux paramètres : les revenus des deux conjoints, votre taux d’imposition (qui est fonction 1) du canton où vous habitez, et on sait tous qu’en Suisse il y a de grandes disparités… nous avons malheureusement la chance d’habiter un des cantons où la fiscalité des personnes physiques est la plus haute et 2) du montant de vos revenus), le nombre d’enfants qui doivent être gardés et le mode de garde que vous avez (si vous avez 1, 2 ou 3 enfants à placer en crèche/parascolaire, cela fait une énorme différence; de même si vos enfants sont gardés « gratuitement » par les grands-parents par exemple, c’est totalement différent de si vous payez plein pot une crèche privée).

Il y a évidemment des cas où effectivement, le salaire d’un des parents part pratiquement exclusivement dans le paiement des impôts relatifs à ce salaire et dans les frais de garde. Mais c’est loin d’être la règle. La plupart du temps, l’arrêt d’une activité entraîne une diminution plus ou moins importante des revenus de la famille. Un sacrifice financier au profit d’une vie différente. Et attention, il n’y a pas que la perte financière immédiate à prendre en considération. Il y a d’autres conséquences qui ont tendance à se révéler plus tard, par exemple la sortie du marché du travail pour plusieurs années – et pour certains métiers, il peut s’avérer impossible de reprendre « là où on s’était arrêté », car tout évolue très vite, que ce soit la technologie, le cadre législatif, etc. – ou encore le fait qu’on ne cotise plus à l’AVS et surtout au 2e pilier (le système de prévoyance professionnelle suisse), ce qui entraînera une baisse du capital/de la rente disponible à la retraite. Cela paraît très terre à terre, mais ce sont des choses à prendre en compte.

En résumé, les aspects financiers sont primordiaux; il faut vraiment les prendre en considération et faire des calculs poussés et précis avant de prendre une telle décision, mais à mon avis ils sont rarement LA raison qui pousse un parent à prendre la décision de cesser (temporairement) son activité.

Souvent, c’est un sacrifice financier qu’on concède. Pour ma part, même si j’aime énormément les belles choses et le luxe, je ne vais pas mentir, je pense que l’argent ne fait pas tout. Pour moi, il ne sert pas à grand chose d’avoir les fesses posées sur un gros tas d’argent si on ne voit pas ses enfants. Mais cela reste un choix très personnel.

Recevez-vous des aides financières ?

Bienvenue en Suisse ! NON. A moins d’être à l’assistance sociale, les seules « aides » dont j’ai connaissance sont les subsides pour les primes d’assurance-maladie, qui ne sont versés qu’à des personnes en situation financière précaire. Honnêtement, si le choix de renoncer à un de nos revenus nous avait conduit à 1) dépendre de quelconques aides ou à 2) renoncer à des choses importantes pour nous, notamment pour nos enfants (par exemple ne pas pouvoir se permettre de vacances ou de loisirs du tout), évidemment que nous ne l’aurions jamais prise.

On m’a également demandé si je bénéficiais de l’assurance-chômage. La réponse est évidemment non ! Je ne suis pas à la recherche d’un travail. Suggérer que « j’y ai droit, parce que j’ai cotisé » me sidère. L’assurance-chômage est un système important pour les personnes qui recherchent réellement un emploi et qui ont besoin d’un relais en attendant de retrouver un travail. Je sais bien que certains en profitent, mais personnellement, je considère cela comme un abus pur et simple. Je ne comprends pas qu’on puisse même considérer agir de la sorte. Mais chacun sa conscience 🙂 .

Comment répartissez-vous les tâches ?

Alors bon, vous vous doutez bien que, sans vouloir paraître rétrograde, si mon mari travaille à 100% à l’extérieur et pas moi, je suis celle qui assume la majorité des tâches liées à la maison, soit : les enfants, les lessives, le repassage, les rangements, les courses, les repas, le planning, les rendez-vous, l’organisation des vacances, l’organisation de la maison, veiller à ce que tout le monde ait des habits à sa taille, les cheveux qui ne tombent pas devant le visage, des cadeaux à son anniversaire (et idem pour les copains, neveux, filleuls et compagnie) et une fête d’anniversaire aussi, que les vestes et chaussures d’hiver soient à la cave en été et inversément, j’en passe et des meilleures. Oui, oui, du boulot il y en a à revendre et de tous les genres 😉 .

Attention, transparence ! Les personnes attentives remarqueront que je n’ai pas mentionné le ménage. Alors oui, je nettoie. Tous les jours même. Des enfants, ça salit et d’autant plus quand ils sont 7 jours sur 7 à la maison ! Les adultes aussi d’ailleurs ! Mais j’ai une chance, c’est que j’ai une aide pour le ménage, avec quelqu’un qui vient faire le ménage hebdomadaire. Nous avons le privilège d’avoir une situation qui nous permet de faire cet investissement, c’est sûr. Mais on le fait au détriment d’autres choses. C’est de l’argent qu’on n’économise pas, qu’on ne dépense pas en restos et autres. Chaucun décide où il met son argent. Chez nous, on n’a pas de grosse voiture en leasing, mais on a une femme de ménage 😉 . Parce que pour moi c’est important que la maison soit nettoyée comme il faut une fois par semaine et que comme ça, c’est fait sans prise de tête, sans y passer le week-end ou autre.

Alors, mon mari est-il comme dans les années 50, le mec qui arrive du boulot, ses chaussons et son whisky prêt, avec des enfants lavés et peignés qui surtout ne le dérangent pas ? Non, je vous rassure, sinon je serais retournée bosser depuis longtemps 😉 . Quand il est là, mon mari m’aide surtout avec les enfants. Il s’en occupe beaucoup pour me permettre d’avancer les tâches que je n’ai pas eu le temps de faire, mais aussi pour me permettre de prendre un peu de temps pour moi. Il est totalement capable de s’occuper des enfants seul et même si j’ai la fâcheuse tendance à vouloir tout préparer à l’avance, si je ne le fais pas, il sait très bien le faire. Chez moi, le souci c’est un peu le contrôle. J’aime tout maîtriser. Et comme les enfants et la maison, c’est un peu mon « job », j’ai parfois de la peine à laisser quelqu’un d’autre faire… Alors bon, ça n’aide pas la bien connue charge mentale qui pèse sur mes épaules, mais pour l’instant je ne le vis pas trop mal, donc je continue à vouloir maîtriser un peu trop toute la chaîne…

Sinon, il s’occupe de tout ce qui est administratif et factures (oui, je sais, c’est cliché, mais il est bien mieux organisé que moi sur ce point). Et surtout, il est très compréhensif. Je ne sais pas si ça compte comme du partage de tâches, mais le fait qu’il ne me reproche jamais de trucs genre  » je ne comprends pas pourquoi tu dis ne pas avoir eu le temps de faire ça, t’es à la maison toute la journée », qu’il ne contrôle pas mes dépenses de manière inquisitoire en me reprochant de dépenser « son » argent, qu’il comprenne que les journées sont difficiles et que parfois j’ai besoin d’air, bref, tout ça m’aide à mieux vivre mon statut de femme au foyer. Honnêtement, il pourrait me dire que lui aussi a eu une grosse journée de merde et qu’il n’a pas envie de gérer seul les gosses un soir où je vais au yoga. Mais heureusement, il ne le fait pas. Et ça, ça fait du bien.

Je crois qu’une des clés de la réussite d’un tel changement, à côté d’une planification financière réfléchie, c’est que cela soit un choix commun, voulu et assumé par les deux parents. Parce que comme pour tout, avec la fatigue, la lassitude, la frustration, on peut vite se dire des choses désagréables. Ce choix était une décision commune, pas une envie imposée par l’un à l’autre. Il sait ce à quoi j’ai renoncé, je sais ce à quoi il a renoncé. On avance comme ça, pour l’instant ça nous convient et si ça venait à changer, alors on en parlerait avant que l’un de nous deux en souffre. Rien n’est acquis.

Te sens-tu épanouie dans ce rôle ?

Oui. Mais. Il y a souvent un « mais ». Mon « rêve » n’a jamais été d’être maman au foyer. J’ai eu une maman qui a toujours fait passer ses enfants avant elle, au détriment de sa propre personne. De sa santé un peu aussi. J’ai de très bons souvenirs d’une enfance avec ma maman à la maison et je suis heureuse de pouvoir offrir ce confort à mes filles à mon tour.

Mais j’ai été une femme, une travailleuse, une épouse, avant d’être une maman à plein temps. Parfois ce dernier rôle prend le dessus, au détriment de qui je suis à côté de ça. Je pense que c’est une chose normale quand on a un « job » si prenant, qui ne s’arrête que rarement, qui ne connaît ni vacances, ni congé maladie.

Je ne suis pas amère et je n’ai pas de regrets. Bien sûr que parfois, souvent même à certaines périodes, ça me pèse. Je sais que je n’ai plus de carrière, je ne connais plus cette stimulation intellectuelle, ce sentiment d’accomplissement en parlant devant une foule, cette satisfaction en servant des clients. Je sais ce que j’ai quitté, mais je ne sais pas ce que je retrouverai. J’ai parfois l’impression de tourner en rond, d’avoir toujours trop de choses à faire et pourtant, je suis « juste » maman. Qu’avec les enfants, on n’en fait jamais assez.

Une autre « dérive » possible pour les personnes qui comme moi sont perfectionnistes de base et se retrouvent au foyer, c’est la course à vouloir tout faire bien. Ben oui, tu l’as sûrement déjà entendue cette petite phrase (souvent d’une autre femme, maman comme toi, mais qui, elle, travaille), glissée quand on parle de quelque chose que tu a accompli : « Ah oui, mais toi, tu ne travailles pas ». Comme si le fait de ne pas avoir un travail à l’extérieur te dégageait d’un coup des journées de 30 heures. Tu te dis que bon, comme « tu ne travailles pas », tu tiens vraiment à ce que chez toi ça soit nickel, que tu cuisines beaucoup de fait maison, et tout ça et tout ça. Comme si ça allait enfin valoriser ton statut. Est-ce qu’on attend de toutes les personnes qui ont un emploi qu’elles soient l’employé du mois ? Chaque mois ? Pas vraiment hein. Mais les mamans au foyer attention, elles ont tellement de temps que bon, faut pas déconner 😉 .

Ma présence ici sur Instagram et sur le blog est clairement liée à tout ça. Je perds beaucoup de temps sur les réseaux sociaux et sur internet en général. J’aime appeler ça mon « lien avec l’extérieur ». Très pathétique dit comme ça, je sais 😉 . Je ne suis pas seule. J’ai des amies, des personnes proches sur qui je sais que je peux compter. Mais il faut être réaliste. Tout le monde a une vie, des enfants, un horaire, un boulot, des soucis. Mes amies je les vois rarement à l’improviste. Parce que même quand on a des enfants à l’école – non, en fait SURTOUT quand on a des enfants à l’école – les créneaux libres sont plutôt courts. Nos sorties ou petits restos entre copines sont donc souvent planifiés des semaines, voire des mois à l’avance. Dans la vie de tous les jours, une maman au foyer voit surtout ses enfants, son intérieur et dans mon cas… son téléphone ! Pour l’instant, ça m’apporte quelque chose, je ne vois pas ça comme quelque chose de négatif, une pression supplémentaire ou quoi. Je sais prendre du recul sur ce que je vois sur les réseaux sociaux et j’y ai rencontré des personnes qui partagent les mêmes valeurs que  moi, que je n’aurais certainement jamais croisées dans la « vraie » vie.

Est-ce que tu penses que tu vas reprendre le travail un jour ?

Oui, c’est une certitude. Mais c’est bien la seule !

Quand, sous quelle forme, dans quel domaine, ça je n’en ai aucune idée ! Quand on n’a encore des enfants qui ne vont pas à l’école (et même quand ils vont à l’école les deux premières années avec des petits horaires), c’est difficile de se projeter. Reprendre une activité implique tellement de choses (trouver des places de crèche, de parascolaire, etc.) qu’on préfère ne pas y penser. Mais Inès étant née début août, elle fera partie des enfants qui commencent l’école à 5 ans et non à 4 (le délai étant fixé au 31.07 chez nous). Alors est-ce que je serai encore à 100% à la maison dans 3 ans et demi ? Cela me semble affreusement loin. Et en même temps, les années passent si vite.

Tant que cette situation nous convient à mon mari et à moi, je ne cherche pas plus loin. On se posera toutes ces questions en temps voulu. Dans 1 an ou dans 4, peu importe. On verra bien.

Oui, jamais je ne retrouverai le job et le salaire que j’avais « avant ». D’ailleurs ce n’est pas ce à quoi j’aspire (enfin bon, le salaire, ça ne me dérangerait pas ah ah). Je préfère me dire que ce que j’aurai appris et développé comme compétences pendant mes années à la maison pourront me servir sous une forme ou une autre. Que la vie est faite d’opportunités et que quand le moment sera venu, je saurai reconnaître celle qui sera faite pour moi. Le reste, l’avenir nous le dira !

2 commentaires sur “Dr Working Maman et Mrs Maman à la Maison

  1. Merci pour ce bel article ! Je me retrouve beaucoup dedans. Plus jeune, je ne me serais jamais vue arrêter de travailler, pour moi être « mère au foyer » n’était pas une option, du tout. J’ai travaillé quelques temps à 50 % après avoir eu nos enfants, puis, d’un commun accord avec mon mari, on a décidé que je ferais une petite pause. Mon travail que j’adorais à 100 % ne me plaisait plus du tout à 50 % et je me disais que je serais mieux à la maison au lieu de m’embêter au travail. Au début, cela a été un peu difficile, le regard des autres me pesait et je craignais tellement la question: que faites-vous dans la vie ? Et puis, petit à petit, j’ai trouvé mes marques. J’ai adoré m’occuper de mes enfants, faire des jeux avec eux, ne plus être stressée, avoir du temps. Eh oui, j’ai même aimé m’occuper de ma maison et recevoir mes voisines pour le café ahaha. J’ai pris ça comme une chance finalement, celle d’avoir le choix. En aucun cas je regrette. Mes enfants sont grands maintenant et je peux dire que oui le temps a filé vite, mais j’ai profité un maximum de chaque instant avec eux. J’ai la chance aussi d’avoir un mari en or, qui m’aide beaucoup et qui s’est beaucoup occupé de nos garçons. J’avais donc du temps pour moi et ça c’était très important aussi pour mon équilibre. Financièrement, ça allait aussi. Certes, il faut faire des concessions. Nous partons une fois par année en vacances, mais c’est sûr que nous ne fréquentons pas les palaces, ni les destinations lointaines. C’est un choix qui nous convient. Et comme toi, j’ai la chance que mon mari ne m’ait jamais reproché aucune dépense, mais je suis raisonnable. Alors je ne te cache pas que cela a été très difficile pour moi de retrouver un job (je suis employée de commerce). Je travaille actuellement à 20 %, mais cela me suffit. Je me tâte pour refaire une formation, car je n’ai vraiment pas envie de travailler plus dans le bureau. J’ai la chance de ne jamais m’ennuyer, d’avoir du temps pour moi, pour mes proches et pour mon blog, ça me va très bien. C’est sûr, on ne sait jamais de quoi demain sera fait, mais je n’y pense pas trop. Après coup, je pense qu’il faut surtout suivre nos envies et ne pas avoir peur du regard des autres, et cela dans toutes les situations. Et puis tu verras tu auras de plus en plus de temps pour t’accomplir dans d’autres choses qui te tiennent à cœur.

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    1. Merci bcp Valérie pour ton partage 😊 c’est une période spéciale de la vie et il faut essayer de la chérir malgré toutes les difficultés, car elle est vraiment unique 🙌🏻

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